SPORTIVA

Le sport au féminin

NSF

La Nuit du Sport Féminin

La Nuit du Sport Féminin a été créée par sportiva-infos et par la maison d'édition dfO, LES ÉDITIONS qui publient le livre
L'Année du sport féminin. Cet événement annuel a pour but de mettre en avant le sport féminin en associant sport et culture. 
Ni prix, ni trophées ne sont décernés. Le dénominateur commun de la NSF, comme du livre, est de rapprocher les pratiques
féminines, leurs actrices et leurs acteurs, de donner la parole aux sportives en activité et de créer un rendez-vous autour du sport féminin en général, amateur et professionnel, et autour du premier, et du seul, livre consacré à une saison de sport féminin.
La Nuit du Sport Féminin se tient la première semaine de décembre.
La Nuit du Sport Féminin est une marque déposée.
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3ÈME NUIT DU SPORT FÉMININ

La parole aux sportives

La troisième édition de la Nuit du Sport Féminin vient clôturer en beauté une année où les femmes auront occupé le devant de la scène sportive, jusqu’à l’épopée glorieuse de l’équipe de karaté, tout juste sacrée championne du monde et déjà en place pour l’événement. Laura Flessel, la sportive la plus symbolique, porte-drapeau aux Jeux olympiques pour sa cinquième participation, a tenu à marquer la manifestation après avoir introduit, par une préface engagée et chaleureuse, le livre qui en est à l’origine : L’Année du sport féminin - 2012 (dfO, LES ÉDITIONS).

Le voyage aura été long. Il fallut attendre Micheline Ostermeyer en 1948 (mais on se plaisait à souligner qu’elle était d’abord pianiste avant de lancer le poids, le disque ou de sauter des haies), puis Christine Caron et Colette Besson, et plus récemment Marie-José Perec ou Laure Manaudou, pour convenir que courir, lancer, sauter ou nager n’est pas l’apanage des seuls hommes. Nous sommes toujours loin de la « parité », mais, bon gré mal gré, se dessine une trajectoire que viennent illuminer des initiatives (encore trop rares) comme cet hommage au sport féminin, organisé avec brio par Sportiva-infos et dfO, LES ÉDITIONS sous les voûtes dorées de la Mairie du XVIIIe arrondissement. L’écrin est de circonstance. Et, corollaire non négligeable de cette trajectoire, c’est avec toute forme de discrimination que nous tenterons d’en finir une bonne fois pour toutes, car de ces radieuses championnes nous saluons également les origines diverses : la Guyane, les Antilles, Tahiti…

Une championne sait ce qu’elle veut

Souvenons-nous par exemple : qu’il se pratique à 15, à 13 ou à 7, le rugby était, il y a peu encore, uniformément blanc. Il aura fallu le talent « extra-terrestre » d’un Blanco et la provocation de Nelson Mandela arborant le maillot des Springboks pour nous affranchir des derniers préjugés, et considérer enfin que l’Ovalie, ce pays mythique où l’homme descend de l’homme, pouvait assimiler des influences métissées. Il faudra encore compter quelques lustres avant d’espérer voir le rugby féminin sortir de sa clandestinité, quand il s’agit plus que jamais de pousser dans le même sens (une figure de rugby !) pour nous éviter le « naufrage collectif » (autre figure de rhétorique rugbystique). Pour l’heure, Maud Signoret, capitaine de l’équipe de rugby à XIII de Marseille, championne de France en titre, nous fait part de sa voix enjouée des contorsions – joyeuses semble-t-il – qu’exige sa pratique, entre travail, sport et un soutien familial non exempt d’inquiétude… Mais la championne sait ce qu’elle veut !

Aujourd’hui, donc, les femmes sont dans la place, sur le terrain et sur les podiums.
Cette Nuit nous donne à voir des visages connus (fougueuse Lucie Décosse, qui avait déjà parrainé l’édition précédente), mais également des visages nouveaux, parfois intimidés. Ainsi, Bérangère Sapowicz, gardienne de l’équipe du PSG, est sortie de ses filets, non sans quelque émotion avouée, pour co-animer la soirée, et faire partager ce moment de lumière à d’autres sportives.

Alors, le sport pratiqué par les femmes serait-il différent de celui des hommes ?

Laura Flessel nous parle d’une capacité supérieure d’abnégation. Fondamentalement parce que la femme donne la vie et choisit ou non de revenir, ensuite, à son sport. Et quand elle y revient, c’est avec la détermination de celle qui a vécut une expérience « fondatrice » que nous autres, hommes, ne pouvons qu’admirer. Et si la victoire est au bout du chemin elle n’en a que plus de valeur.

La Compagnie Mabel Octobre, qui accompagne l’événement, nous offre, elle, une réflexion sur le corps de la femme : entre théâtre et vidéo, elle met en jeu la championne turque d’haltérophilie Nurcan Taylan : comment montrer un corps dur et une fragilité de femme ?

Parce qu’elle se situe là, la différence : dans le regard du public. La femme doit être toute grâce, légèreté et désintéressement. Ces singularités sont elles compatibles avec le rugby, l’haltérophilie, la boxe, le handball ? C’est tout l’intérêt de cette Nuit et de l’ouvrage qui nous est proposé : abandonner nos préjugés, et regarder, écouter… Ainsi Anne-Caroline Graffe et Marlène Harnois, médaillées olympiques en taekwondo, ou encore Camille Serme, championne d’Europe de squash, Audrey Labeau, championne d’Europe de plongeon. Elles nous parlent technique, défi, souffrance, accomplissement personnel… Sauriez-vous réajuster un saut de 10 mètres de hauteur, en moins d’une seconde, en vous repérant par rapport à l’eau… ?

Et quand on est femme et handicapée ?

Marie-Amélie le Fur, triple médaillée aux Jeux paralympiques de Londres, défend avant tout le sport féminin, et sa flamme est irrésistible. À quand des Jeux qui mêleraient, de manière vraiment universelle, tous ceux et toutes celles qui concourent à la beauté, à l’élégance du geste autant qu’à la performance ? Tout ceux et toutes celles qui dépassent leur humaine condition, quelle qu’elle soit ? Sans distinction, sans discrimination, et sous le même drapeau.

Des histoires qui vont au-delà des terrains de sport

D’un point de vue matériel enfin, comment ces femmes conçoivent-elles leurs vies ? Là où les sportives et sportifs diffèrent fondamentalement, c’est que les premières exercent très rarement leur discipline avec un statut pro. Alors l’équilibrisme est de mise, et ce soir-là on nous raconte de belles combinaisons : un entraîneur qui est aussi employeur, des études à l’Insep qui offrent un cadre souple, des collectivités locales fières de soutenir des championnes… Une Ministre des Sports à l’écoute.

Voilà, c’est toujours de flamme dont il s’agit, dans l’effort et dans l’exploit ! Cette Nuit et le livre qui l’accompagne, nous racontent des histoires de vie qui vont au-delà du terrain de sport. Et puisque les disciplines féminines remplissent moins les gradins, attirent moins les sponsors, c’est tout le mérite de nos amis de Sportiva que de les avoir mis en lumière ! Merci aussi à l’incomparable Cissé, complice d’un soir et qui partage chaque semaine ses ondes avec les sportives. Et nous, nous sommes seulement heureux de vérifier que les deux moitiés de l’humanité possèdent cette flamme… à part égale.

J-L.D.

Jean-Louis Ducournau: Gascon de Paris, éditeur (directeur de la revue Tango), fou de sport et grand connaisseur en la matière, défie quiconque de le coller sur les exploits du vélo : à bon entendeur...

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De gauche à droite : M. Signoret, L. Décosse, A. Recchia, N. Ait-Ibrahim, E. Thouy, L. Flessel, Marie-A. Le Fur, A. Labeau, C. Serme et B. Sapowicz. ©Sportiva-infos / dfO LES ÉDITIONS

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