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Le sport au féminin

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    • 2018-01-05 00:00:00
    • JULIA CLAIR, BONJOUR LÀ-HAUT
    • Ski
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    • SKI. À vingt-trois printemps, la Vosgienne, membre de l’équipe de France de saut à ski et en lice pour être de la partie aux prochains JO de Pyeongchang, tombe le masque et se raconte quand elle s’envole. (Article de 3 700 signes en accès libre) . C’est l’itinéraire d’une pionnière. Quelques mois après avoir débuté par le ski de fond, Julia Clair se lance, à huit ans, sur le tremplin de son village, lequel vient d’être rénové. Elle sera la seule fille à continuer de jouer les casse-cous. La suite est affaire de persévérance précoce. Son collège n’abritant pas de sport-études de saut à ski et sa région d’origine étant dépourvue de structures d’entraînement adéquates, la sociétaire du Ski Club Xonrupt Longemer s’en va, à quinze printemps, poursuivre ses humanités au lycée Jean Prévost à Villard-de-Lans dont elle devient interne et tire tout le parti de l’émulation qui y règne. Puis, à peine adolescente, ce sont les premiers pas sur le Cirque blanc, balbutiant dans sa version féminine, d’abord en Coupe continentale puis en Coupe du monde, à compter de 2011, avec, en guise de meilleur résultat, une onzième place au classement général en 2014 et, en point d’orgue, la troisième marche du podium du concours de Planica. On n’oubliera pas non plus une dix-neuvième position aux JO de Sotchi en 2014 ou encore, une vingtième-et-unième aux Mondiaux de Falun en 2015. À chaque fois au petit tremplin (de 90 mètres), le seul au programme, pour ces dames, de ces deux grands rendez-vous majeurs. « L’impression d’être un super-héros » Qu’importe car en l’air ou à terre, c’est d’abord dans la tête que ça se passe et là que le combat commence. C’est que la fameuse sensation de voler n’est pas tout. Ce serait trop facile. « Le saut à ski est un sport dur physiquement et mentalement. Il faut réussir à passer au-dessus de sa peur. Moi, je suis l’une des sauteuses qui fait partie des plus peureuses. Parfois, je monte sur le tremplin en me disant que je n’ai pas envie d’y aller. Et puis quand j’y suis et que j’ai sauté, je suis très fière de moi et j’ai très envie de remonter car l’on ressent de supers sensations que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. » Avec toujours cette sempiternelle quête du moment de grâce que l’on espère voir ne jamais cesser : « C’est vraiment un plaisir de sauter, surtout quand tout se passe bien. Lorsque je suis dans une bonne période, j’ai l’impression d’être un super-héros, qu’il ne peut rien m’arriver et que je sais tout faire. C’est génial car au moment où l’on quitte le tremplin et où l’on arrive dans les airs, on sait que l’on va aller loin. On a le sentiment de tout contrôler en vol. » Sauf lorsque l’impondérable se produit, comme lors de ce maudit 22 juillet 2016, quand, au cours d’un entraînement sur le grand tremplin de 120 mètres de Courchevel, une fixation lâche en plein vol, causant la perte d’un ski et une chute spectaculaire. Avec, à la clef, un bilan aux allures de moindre mal, en l’occurrence, un humérus et une clavicule cassés. « Cela aurait pu être bien pire. Cependant, je n’ai pas hésité une seule seconde à repartir au printemps dernier. Je voulais absolument resauter car ces sensations m’auraient manqué toute ma vie. Et puis, maintenant, je suis sûre de mon matériel », affirme Julia Clair. « L’importance du lâcher prise » Et sûre d’elle ? Oui mais pas encore tout à fait. Et d’insister sur « l’importance du lâcher prise, c’est-à-dire d’effectuer des sauts de manière automatique en ayant le mouvement juste en tête ». « J’estime ne pas l’avoir encore, admet la Française. Il reste beaucoup de boulot pour que ce soit le cas. Cela viendra à force de travail. En haut du tremplin, les meilleures étrangères savent exactement ce qu’elles ont à faire alors que nous, nous réfléchissons encore trop. » Pour y remédier, la Tricolore est épaulée par une préparatrice mentale, histoire de savoir quoi et comment faire à l’instant crucial pour évacuer tout ce qui est susceptible de parasiter la performance : « On met l’accent sur l’approche de la compétition. En effet, j’ai encore pas mal de choses à apprendre dans ce domaine, notamment bien répéter mes gammes pour être à 100 % de mes moyens sur le tremplin et faire ce que je sais faire le Jour J, sans paniquer. On travaille beaucoup la visualisation. C’est à moi d’aller chercher ces images si j’en ai besoin. En somme, elle me donne les outils qui pourraient m’aider. À moi, ensuite, de m’en servir. » Alors, faut-il être masochiste pour être une femme volante ? « Oui, un petit peu mais comme il faut l’être de manière générale quand on fait du sport de très haut niveau », répond, Julia Clair, 48 kilos sur la balance pour 1,63 mètre sous la toise. Car, outre l’appréhension, il y a un autre ennemi invisible, le poids, chaque kilo superflu étant synonyme de mètres en moins à la réception. « C’est un gros détail qui conditionne le résultat, confirme la native de Saint-Dié-des-Vosges. Mes parents m’ont transmis des qualités physiologiques qui m’avantagent beaucoup car je brûle rapidement et facilement les calories, en particulier si je suis stressée. Il y en a qui se privent beaucoup plus que moi. À ce niveau-là, j’ai de la chance mais cela ne signifie pas que je ne fasse pas attention quotidiennement à ce que je mange. Mais quand on va loin en compétition, on oublie ces sacrifices tant le plaisir reste grand. » Le tout est d’en être conscient. A.T. NOTE : La sauteuse, pas un sauteur comme les autres Discipline olympique depuis 1924 chez ces messieurs mais seulement à compter des Jeux de Sotchi en 2014 pour ces dames, le saut à ski au féminin s’efforce de combler son retard. « Chez les hommes, tout est plus professionnel, explique Julia Clair. Le calendrier des compétitions est plus fourni et les prize money ne sont pas non plus les mêmes. Néanmoins, notre niveau ne cesse de croître dans tous les domaines, que ce soit sur le tremplin ou autour. Les hommes qui seront aux Jeux sont au taquet dans tous les domaines. Ils sont très bons techniquement et savent lâcher prise en compétition. Chez les femmes, il n’y en a pas beaucoup qui arrivent à allier les deux, si bien que la densité n’est pas aussi importante. » Physiquement aussi, la donne distingue les deux sexes : « Les hommes ont plus de puissance et sont donc capables de décoller bien plus que nous. Pour le moment, nous n’avons pas le même rapport poids-puissance qu’eux. »

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JULIA CLAIR, BONJOUR LÀ-HAUT

Texte : Alexandre Terrini. Photo : DR

SKI. À vingt-trois printemps, la Vosgienne, membre de l’équipe de France de saut à ski et en lice pour être de la partie aux prochains JO de Pyeongchang, tombe le masque et se raconte quand elle s’envole. (Article de 3 700 signes en accès libre) .

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