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Le sport au féminin

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    • 2016-06-20 00:00:00
    • LA UNE DE L’ÉQUIPE DISSÉQUÉE SUR UNE ANNÉE PAR SPORTIVA
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    • MÉDIAS. Titre de référence de la presse sportive, unique quotidien national spécialisé en sport en France, L'Équipe est régulièrement tancé à travers sa une. On lui reproche parfois, notamment, l'absence de sport féminin, en particulier sur les réseaux sociaux. Pour savoir ce qu'il en est, Sportiva a disséqué sur une année entière la première page du journal sportif. Il en ressort une multitude de chiffres qui serviront évidemment la critique. Il demeure néanmoins primordial de prendre du recul lorsqu'on analyse cette fameuse une de L'Équipe. (Article de 10 733 signes) Toute reproduction totale ou partielle de nos contenus est interdite sauf accord écrit de la rédaction. Unique quotidien sportif national, le journal L’Équipe jouit d’un monopole en la matière. Qui dit monopole dit exposition aux critiques, plus ou moins légitimes. Le titre du groupe Amaury, référence incontestable dans le monde du journalisme sportif, ne fait pas toujours l’unanimité. Rien de plus normal. C’est tout l’objet d’une ligne éditoriale : réunir, diviser, interroger et parfois même choquer. Scrutée plus que nulle autre, la une de L’Équipe cristallise éloges et tacles. Les fantasmes aussi. Les sportifs en rêvent, parfois presque autant qu’un titre olympique. Les réseaux sociaux, sans qu’ils représentent toujours une opinion plus légitime qu'une autre, prennent régulièrement à défaut le quotidien. « Et les filles alors ? », « Encore du foot ! », « Toujours du foot ! »… Qu’en est-il en réalité ? Un décryptage s’impose pour se détacher des slogans et des postures. Commençons par la méthodologie. Simple. Entre le 1er juin 2015 et le 31 mai 2016, soit un champ d’étude d’une année pleine, 363 numéros du quotidien sont parus. Sur ces 363 éditions, ont été répertoriés 1255 entrées ou titres différents. Dans le vocabulaire journalistique, ces entrées sont divisées selon leur position sur la page de une. On distingue ainsi un ventre : c’est le titre principal du journal, celui qui « fait la une », selon l’expression consacrée. En fonction de l’actualité plus ou moins forte, ce sujet majeur peut faire l’objet d’une pleine page ou occuper un plus grand espace, au détriment des autres entrées. Ces dernières se nomment bandeau, oreille, appel ou pied. A noter que L’Équipe a changé de format au cours de l’année écoulée. Le 18 septembre dernier, un format tabloïd a remplacé le broadsheet, l’historique format XXL du journal. Conséquence directe : un journal plus compact et moins d’entrées en une. L’ancienne formule permettait ainsi au maximum jusqu’à 7 ou 8 entrées. Le nouveau L’Équipe, lui, ne dépasse guère les 5 occurrences et se contente habituellement de 2 à 4 dans un style plus épuré. Le football omniprésent Le constat est indéniable. Avant comme après sa refonte, L’Équipe angle la majorité de sa ligne éditoriale autour du football. En moyenne, le journal consacre un peu plus d’un tiers de sa pagination à l’univers du ballon rond. Sport n°1 dans le monde, sport n°1 en France, sport qui attire les investisseurs, réunit le plus de spectateurs et de téléspectateurs, sport le plus structuré et le plus enraciné dans la culture populaire, le football est fort logiquement la pratique la plus souvent mise en une de L’Équipe. En un an, on relève en effet 598 titres liés au foot (Voir notes). Près d’un titre sur deux ! Sur les 363 unes relevées, 259 ventres ont été consacrés au foot. Comment s’en étonner, alors que les chaînes de télévision françaises déboursent chaque année plus d’un milliard d’euros pour diffuser des compétitions. La Ligue 1, le championnat professionnel masculin, a attiré près de 8 millions de spectateurs dans les stades durant la saison 2015-2016 (plus de 20000 spectateurs en moyenne par match), bien loin devant tous les autres championnats nationaux de sports collectifs. Le football dépasse de loin son cadre sportif. Selon une récente étude de l’INA, 41% des sujets de la rubrique sportive des journaux télévisés étaient consacrés au foot entre 2010 et 2015 (contre 32% entre 2000 et 2009). Comment s’offusquer de la place accordée au ballon rond alors que le lecteur moyen de L’Équipe, selon le groupe Amaury, est un homme, jeune, actif, CSP+. Ce portrait-robot ressemble beaucoup à celui du spectateur moyen dressé en 2014 par la LFP, la Ligue de football professionnel : un homme, plutôt jeune pour le spectateur lambda ; un homme, plutôt âgé, avec des revenus élevés pour le spectateur profitant d’hospitalités type loge ou VIP dans un stade. Leader sur sa cible masculine, le quotidien offre à son lectorat ce qu’il veut lire en priorité. A son lectorat, et non aux Français qui disaient pourtant préférer le rugby au foot à 55%, selon un sondage BVA réalisé en 2015. Il est donc tentant d’estimer que c’est la loi de l’offre et de la demande, comme dans n’importe quel espace entrepreneurial, qui guide tout ou partie de la ligne éditoriale de L’Équipe. En lien avec l’étude BVA, il s’avère que le ballon ovale tire logiquement son épingle du jeu derrière le football, avec 195 titres dont 36 ventres en une. Suivent dans cette dernière catégorie le cyclisme (19), le tennis (18), des thématiques transversales ou multisport (9) et le basket (9). La natation (3), l’athlétisme (2), le biathlon (2), le ski alpin (2), la F1 (2), le judo (1) et le volley (1) ont occasionnellement occupé la une de l’actualité, selon L’Équipe. Onze autres sports (Voir notes) ont eu droit à la une sous la forme d’un titre (bandeau, oreille, appel ou pied). Le sport féminin en retrait Sur les 1255 entrées recensées, seulement 50 sont consacrées au moins en partie au sport féminin, en y incluant certaines unes partagées, notamment celles des champions de l’année publiées en fin d’année, avec notamment Serena Williams et Pauline Ferrand-Prévot tout autant mises en avant que Usain Bolt et Florent Manaudou. De même qu’un pied de page dédié au titre mondial du couple de danse sur glace Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, en avril 2016. Cinquante occurrences, cela représente 4% du total des titres de une. Le sujet de une, à proprement parler, ou le ventre, est occupé (ou co-occupé) à 12 reprises par des femmes sur l’année écoulée (3,3%). L’équipe de France de football (4 unes), l’équipe de France de basket (2 unes), et le club de football de l’Olympique lyonnais (1 une) ont eu les honneurs du titre principal de la première page, photo à l’appui, pour accompagner respectivement un parcours en Coupe du monde de foot, un titre de vice-champion d’Europe de basket et une victoire en Ligue des champions de foot. Les unes partagées (au nombre de cinq) ont mis en avant Pauline Ferrand-Prévot (2 fois), Serena Williams (1 fois), Amélie Mauresmo (1 fois) et Amandine Henry (1 fois). Notons, par exemple, que L’Équipe a consacré trois jours de suite sa une au sport féminin, les 26, 27 et 28 juin 2015, en pleine Coupe du monde féminine de football et de Championnat d’Europe féminin de basket. C’est peut-être là la preuve que le grand événement (si tant est qu’il soit installé culturellement, historiquement et économiquement ou s'accompagne d'un développement récent mais rapide à l'image du football féminin), qui suit une grande performance française, est souvent générateur de une. Mise en perspective nécessaire Quelle analyse porter sur ces faits ? Éludons tout de suite la question du sexisme, un brin facile et de toute façon impossible à prouver. La réalisation d’une une, dans un quotidien sportif généraliste indépendant (quoique parent d’événements sportifs organisés par ASO, filiale du groupe Amaury), ne procède pas a priori de choix appliqués selon le sexe. On a évoqué le cœur de cible visé par L’Équipe. Abordons maintenant l’exception. Comment figurer en une quand on est sportive ? Être la meilleure dans le sport individuel n°1, à savoir le tennis. Serena Williams a ainsi fait six apparitions en une de L’Équipe entre juin 2015 et mai 2016, un record pour la gent féminine. Être Française et régner sur son sport : les succès mondiaux ou européens de Marie Dorin-Habert (biathlon), Pauline Ferrand-Prévot (VTT), Johanne Defay (surf), Gévrise Émane et Audrey Tcheuméo (judo), Gwladys Épangue (taekwondo) ou Aurélie Muller (natation) ont tous été salués en une de L’Équipe ces douze derniers mois. Être une équipe de France ensuite : le foot et le basket, on l’a vu, sont régulièrement mis en avant. Le handball l’est occasionnellement, comme lors de la récente qualification des Bleues pour les JO. Le tennis et le rugby moins. Pourtant, ces derniers mois, l’équipe de France de Fed Cup s’est qualifiée pour la finale tandis que le XV de France féminin a remporté le Tournoi des Six Nations. Ces deux « oublis » en une ont indifféremment suscité des critiques parmi les principales concernées, les sportives elles-mêmes, mais surtout sur les réseaux sociaux. Des réseaux sociaux qui s’émeuvent souvent d’une une, symbole s'il en est, tout en négligeant l'intérieur du journal. Dans un sens comme dans l’autre, et à toutes fins utiles, faire la une n’est pas la garantie d’un traitement qualitatif au sein du journal. Inversement, un bon article ou un ensemble d’articles peuvent ne pas être mis en avant sur la une d’un journal. Encore faut-il se donner la peine de s’égarer à travers les pages d'un journal comme on peut le faire dans celles de L'Équipe. De ce point de vue, la caisse de résonance des réseaux sociaux sonne soudainement creux. Slate.fr relève en effet une étude «selon laquelle on ne lit pas 59% des liens que l'on poste sur Twitter». De là à dire que les personnes critiquant négativement ou positivement la une de L'Équipe ne lisent pas l'intérieur du journal, il y a un pas difficile à franchir faute de preuves scientifiques. Mais peut-être, en matière de sport, serait-il temps de parler de mal-médiatisation plutôt que de sous-médiatisation ou de sur-médiatisation ? En somme, d'équité plutôt que d'égalité. La remarque est valable aussi dans le commentaire sur la médiatisation du sport. Peut-être serait-il temps de se pencher sur le fond plutôt que sur la forme ? Peut-être faudrait-il désacraliser la une de L’Équipe et reconnaître à ses éditeurs la liberté de choisir quels sports et quels sportifs mettre en avant ? Peut-être faudrait-il tout simplement faire le choix de la pluralité de l’information ? L’Équipe est certes en position de monopole mais il n’a pas le monopole de l’information et du traitement quantitatif et qualitatif de l’actualité sportive. Le lecteur, et même le tweeto qui peut par mégarde se contenter d’observer la une du journal avant de dégainer un message rude en 140 signes, est libre de choisir son support d’information. Gratuit ou payant. Physique ou digital. C’est là la richesse de la presse. Ch.L. Notes 1 : 133 pour le seul club du PSG, dont 72 unes 2 : Rallye, sport automobile, moto, handball, voile, boxe, rugby à sept, taekwondo, golf, water-polo et squash. IMPORTANT : toute reproduction totale ou partielle de nos contenus est interdite sauf accord écrit de la rédaction. Toute reprise de chiffres, pourcentages ou infos ponctuelles contenus dans l'article doit être accompagnée de la mention : Sportiva-infos du 21/6/16.

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LA UNE DE L’ÉQUIPE DISSÉQUÉE SUR UNE ANNÉE PAR SPORTIVA

Étude exclusive réalisée par Christophe Lemaire / © Visuel Sportiva

MÉDIAS. Titre de référence de la presse sportive, unique quotidien national spécialisé en sport en France, L'Équipe est régulièrement tancé à travers sa une. On lui reproche parfois, notamment, l'absence de sport féminin, en particulier sur les réseaux sociaux. Pour savoir ce qu'il en est, Sportiva a disséqué sur une année entière la première page du journal sportif. Il en ressort une multitude de chiffres qui serviront évidemment la critique. Il demeure néanmoins primordial de prendre du recul lorsqu'on analyse cette fameuse une de L'Équipe. (Article de 10 733 signes)

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Unique quotidien sportif national, le journal L’Équipe jouit d’un monopole en la matière. Qui dit monopole dit (...)

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