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Le sport au féminin

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    • 2016-03-23 00:00:00
    • EXCLUSIF | ANA LAURA ESTECHE, LA BOXEUSE ET SON DOUBLE
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    • BOXE ANGLAISE. Vendredi 1er avril la boxeuse argentine Ana Laura Esteche remet son titre mondial WBA des super-légères en jeu. Elle affronte Farida el Hadrati dans son antre de Clermont-Ferrand. La tenante du titre a donné à notre correspondante à Buenos-Aires un entretien exclusif fort et poignant. Cette interview est le 1er volet de la présentation de ce combat. Vendredi 25 mars, Sportiva vous proposera de rencontrer la challenger Farida el Hadrati. (Article de 5 000 signes). IMPORTANT : toute reproduction totale ou partielle de nos contenus est interdite sauf accord écrit de la rédaction. Martina Pettinaroli, correspondante de Sportiva-latina pour l’Argentine n’a pas hésité. Aller à la rencontre de Ana Laura Esteche (25 ans), c’est tout ce que le journaliste de base peut souhaiter : côtoyer un personnage aux contours durs et sensibles ; approcher ce milieu parfois sombre, mais toujours fascinant, de la boxe ; recueillir un peu d’une vie où tout se gagne à grand coups de volonté… Rendez-vous était pris à la gare de la localité de José León Suárez au nord de la capitale argentine, dans la canton de San Martín. Martina a été accueillie à sa descente du train par Ana Laura et sa compagne, Yohana Giménez, boxeuse également, et leur chien. Il était trois heures de l’après-midi. Naturellement, un échange questions-réponses s’est engagé. Le voici tel que Martina a voulu le transcrire. Comment tu te prépares pour le combat du 1er avril ? Ana Laura Esteche : « Ça va; on est bien; on est tranquilles. Un peu nerveuses quand même car il faut aller défendre le titre à l’étranger. Mais on travaille avec une bonne concentration. Quand tu dis nous, c’est qui ? A.L.E : « Je fais référence à ma compagne. On est tout le temps ensemble. On est allé ensemble en Russie. On s’entraîne ensemble. C’est une façon habituelle maintenant de parler. C’est quoi ton quotidien ? A.L.E. : « Je me lève à cinq heures vingt tous les jours et je vais courir à six heures au Centre Municipal d’Éducation physique de San Martín, avec mon préparateur physique Ariel Quiroga. L’après-midi je vais m’entraîner à Caseros, une autre localité de l’agglomération de Buenos Aires. Là, on s’entraîne à fond. Et j’ai recommencé il y a peu à mettre les gants contre des filles ou des garçons de la salle. J’ai aussi mis les gants avec la Panthère Farias et avec une précédente rivale, Celeste Peralta, qui fait partie de l’équipe nationale argentine. Tu connais ta rivale française ? Tu l’as étudiée ? A.L.E. : « Plus ou moins. J’ai visionné un combat et un peu d’un deuxième qu’elle avait gagné par K.-O. Mais, en fait, je ne l’étudie pas. Je me prépare comme j’ai toujours fait pour être à 100% et combattre en donnant tout… Tu crois qu’elle t’analyse ? A.L.E. : « Je suppose, oui, parce tous mes combats, sauf le dernier, on peut les voir sur Internet. Mais je change toujours mon style, ma façon de faire selon les combats. Je ne suis jamais la même. Je n‘aime répéter ce que j’ai fait dans d’autres combats. Il faut toujours changer, s’adapter... De qui tu apprends, de qui tu t’inspires pour ça ? A.L.E. : « J’aime bien le « Gamin » Maidana qui est un vrai bagarreur. J’aime bien aussi la « Tigresse » Acuña et Soledad Matthysse qui est aussi une guerrière. Peut-être qu’un jour quelqu’un dira ‘je voudrais faire comme la « Monita »’ (« Monita » est un diminutif populaire affectif, NDLR). Tu crains Farida el Hadrati ? A.L.E. : « Non. Pas du tout. Je suis Ana Esteche. Mais sur le ring je suis la « Monita » et là-haut je crains personne, je donne tout. J’aime affronter de grandes boxeuses pour pouvoir démontrer qui je suis. Là, je vais arriver très, très bien préparée. Qu’est-ce qui différencie Ana Laura de la « Monita » ? A.L.E. : « Ana Laura et timide, un peu refermée parfois. S’il faut se battre dans la rue, elle ne le fait pas. Elle a peur des autres. Mais la « Monita », elle, elle ne craint personne : elle va vers les gens, sur le ring elle montre qui elle est. Parfois dans la rue il se passe des choses… et je voudrais être la « Monita », mais elle reste enfouie en moi, elle ne sort pas. Sur le ring c’est autre chose : elle démontre de quoi elle est capable. (Ana Laura Esteche a grandi et vit dans un quartier difficile, dangereux, où l’on ne va pas. Elle y a vécu de tous les petits boulots de la rue, NDLR). Tu as eu peur une fois sur le ring ? A.L.E. : « Jamais. Quelque fois du respect. Ça m’est arrivé récemment face à la « Camionera » Alegre, une boxeuse connue, qui a très bien boxé. Mais sinon, quand je passe sur le ring, j’oublie tout le reste. A quoi tu penses quand tu vas combattre, Qu’est-ce qui te motive ? A.L.E. : « Je pense toujours à montrer que je sers à quelque chose. Je pense à ma famille, à ma compagne, à cette lutte de tous les jours pour vivre. Je suis obligée de tout donner sur le ring pour pouvoir gagner et pouvoir continuer, pour avoir quelque chose dans ma vie… Qu’est-ce qui est difficile quand on est boxeuses en Argentine ? A.L.E. : « L’organisation des combats, les bourses ; le fait que tu t’entraînes comme un mec, mais que lui il gagne bien plus. Cette grosse différence entre homme et femme est insupportable. On fait tout de la même manière, l’entraînement est aussi dur, on donne et on reçoit des coups… mais on gagne moins lors d’une soirée. Je ne connais pas la situation ailleurs, mais ici c’est vraiment trop de différence… Comment était ta vie avant d’être une championne ? Comment c’était avant pour toi ? A.L.E. : « Avant j’étais en bas socialement. Bien en bas. Grâce à la boxe j’ai pu terminer ma maison, avoir une voiture. Avant, quand j’étais amateur, mon père n’avait pas de travail ; je vendais des bouteilles vides de bière ou de soda pour pouvoir me payer le trajet jusqu’à l’entraînement, car il n’était pas question que j’en manque un. Pour rentrer chez moi, ensuite, je me faisais prêter un peu d’argent par mon entraîneur pour payer le ticket. C’étaient des efforts énormes. Et je ne supporte pas qu’on ne prenne pas cela en compte aujourd’hui. Ce n’est pas que je veux gagner de l’argent mais je m’entraîne, je combats et je vis de ça. Et personne ne m’aide, personne ne mesure les sacrifices. Je paye mon entraîneur, je paye ma nourriture, je paye tous les frais et je ne gagne que quand je combats… Ce combat en France représente de l’argent mais il va presque tout passer dans tous ces frais. Tu ne reçois aucune aide ? A.L.E. : « Ici, la municipalité n’appuie pas la boxe féminine. Je suis fatiguée de représenter mon pays et ne pas avoir la moindre écoute de la mairie. Il y avait bien une aide il y a quelques temps, à l’époque de la présidente Kirchner. On était allé la voir, nous les boxeuses argentines. On avait obtenu une aide mensuelle. On l’a reçu pendant 2 ans. Mais maintenant, avec le changement de gouvernement, c’est fini… C’était une aide réelle, mais ils payaient de manière irrégulière. Tu pouvais rester 2 mois sans rien recevoir. Donc, tu t’habituais à te débrouiller sans ça… M.P. @marpettinaroli IMPORTANT : toute reproduction totale ou partielle de nos contenus est interdite sauf accord écrit de la rédaction.

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EXCLUSIF | ANA LAURA ESTECHE, LA BOXEUSE ET SON DOUBLE

Entretien : Martina Pettinaroli, à Buenos Aires pour Sportiva-infos et Sportiva-latina

BOXE ANGLAISE. Vendredi 1er avril la boxeuse argentine Ana Laura Esteche remet son titre mondial WBA des super-légères en jeu. Elle affronte Farida el Hadrati dans son antre de Clermont-Ferrand. La tenante du titre a donné à notre correspondante à Buenos-Aires un entretien exclusif fort et poignant. Cette interview est le 1er volet de la présentation de ce combat. Vendredi 25 mars, Sportiva vous proposera de rencontrer la challenger Farida el Hadrati. (Article de 5 000 signes).

IMPORTANT : toute reproduction totale ou partielle de nos contenus est interdite sauf accord écrit de la rédaction.

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