SPORTIVA

Le sport au féminin

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    • 2016-03-02 00:00:00
    • « FREE TO RUN » OU L’HISTOIRE DE LA LIBÉRATION DU RUNNING
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    • RUNNING. New York, Boston, Sao Paulo, Paris, Pékin… : ces marathons fréquentés aujourd’hui par des dizaines de milliers de runners et de runneuses n’ont pas toujours été synonymes de la liberté de courir. Il n’y pas si longtemps, tout juste 40 ans, courir où on le voulait, et si on était une femme, était interdit. « Free to run - liberté, égalité, course à pieds », le film documentaire de Pierre Morath, fait (re)vivre cette épopée, en interrogeant le sport d'aujourd'hui. Le film sera en salle le 13 avril. En attendant, Sportiva a assisté à la projection presse et vous raconte, dans ce premier volet consacré à cette sortie, l’histoire de cette conquête sportive primordiale. Dans une deuxième livraison, début avril, nous vous proposerons une interview avec le réalisateur. (Article de 5 700 signes en accès libre) Une bonne décade avant 1968, ils sont une poignée à spontanément prendre la tangente de la piste fermée des stades, pour descendre dans la rue. Pour échapper au diktat des Fédérations sportives, pour que ceux qui ne sont pas des champions aient aussi le droit de courir, et pour aller plus loin : non plus seulement les 1 500 mètres de rigueur, en rond sur une piste, mais la distance du Marathon, sans nécessairement souffrir, mais en inventant sa course. Ce n'est pas une fiction, mais un documentaire soigneusement étayé de reportages et de témoignages de celles et ceux qui ont vécu cette épopée étonnamment récente, qu'a réalisé Pierre Morath, historien du sport et consultant de la télévision suisse pour l'athlétisme et la course à pieds, avec « Free to run - Liberté – égalité – course à pieds ». Littéralement « Libres de courir. » Toute ressemblance avec notre époque étant autorisée... . Au commencement était le Bronx Tout commence à Central Park : ils ne sont pas plus de cinq à chausser les baskets, là où le New-yorkais ne va jamais. Central Park est considéré comme le haut-lieu de la criminalité. Taxés d'« excentriques », de « marginaux », ils courent parfois la nuit et se jettent dans le fossé à l'approche des phares de voitures. La liberté, le contact avec la nature. Ils sont bientôt une trentaine à courir non plus seulement les 10 km du Park, mais la distance du Marathon, pour la première fois...dans le Bronx ! Une folie relayée comme telle par les médias. Un petit bonhomme boitillant, « coureur médiocre, qui courait plutôt après les filles », n'en fut pas moins la tête pensante de cette nouvelle course : « Si le Marathon se court dans le Bronx, il ne sera jamais populaire » affirme-t-il. En 1970, Fred Lebow le fait donc déménager au cœur de Big Apple : le Marathon de New-York est né. Il compte 55 participants, dont Frank Shorter, qui sera vainqueur aux JO de 1972. Pendant ce temps, Steve Prefontaine, icône de la piste américaine, vit modestement dans sa roulotte de l'Oregon : au motif que les sportifs amateurs ne doivent pas être rétribués, seule la Fédération américaine d'athlétisme gagne des milliers de dollars sur son dossard. Le James Dean de la course de fond se fera le chantre du statut du sportif amateur, en endossant – eh oui ! le Marathon traverse l'Atlantique – le maillot orange de Spiridon, la revue créée en 1972 par le Suisse Noël Tamini, lui-même sportif et incitant le lecteur à sortir des sentiers battus. « Courez tous avec nous », tel est le slogan de Spiridon, symbole des coureurs qui refusent d'être licenciés d'une Fédération, et qui fera découvrir au coureur lambda, qu'il peut « aussi monter sur scène. » Époque pionnière, où Nike est alors une petite entreprise qui financera Steve Prefontaine... . Boston, Bobbi Gibb s'immisce dans la course des hommes « Elles sont belles, parce qu'elles courent», répondra Spiridon à l'adresse de ceux qui estiment qu'une femme ne peut pas courir plus de 800 mètres « au risque de perdre son utérus. » Tout comme le droit de vote et un compte en banque en propre, cela leur est alors interdit. À 72 ans, Katherine Switzer évoque cette période frondeuse : « Quand j'ai franchi la ligne d'arrivée, j'ai su que ce serait le projet de ma vie. » C'est à Boston, qu'elles prennent le départ : en toute illégalité. En 1966, Bobbi Gibb reçoit un refus de l'organisation : « Les femmes ne sont physiologiquement pas capables. » lui est-il opposé. Sans dossard et camouflée en garçon, sa véritable identité sera découverte dans les derniers mètres. Trop tard, la foule l'acclame. En 1967, Katherine Switzer est la première femme à prendre le départ à Boston sur inscription officielle. Il n'empêche, Jack Semple, le directeur du Marathon, se rue sur elle pour lui arracher son dossard. Une sacrée archive, que nous montre-là « Free to run ». Katherine Switzer sera radiée de la fédération américaine d'athlétisme. Ce sera le point de départ de la révolte des femmes pour avoir le droit de courir : Spiridon les invite à courir la très «militaire» Morat-Fribourg pendant que Katherine Switzer met sur pied la course Avon, 10 kilomètres 100% féminins dans les rues de New York. Une course qui essaimera rapidement dans 27 pays. Le Marathon féminin fera son entrée aux JO d'été en 1984, à Los Angelès. C'est Monique Berlioux, la pionnière de la natation féminine française quelques années plus tôt, qui en fera l'annonce : « ce ne fut pas facile, mais c'est important.». Remporté par Joan Benoit, ce premier Marathon olympique féminin connaîtra la terrible défaillance de la suisse Gaby Anderssen Schiess, qui franchira la ligne d'arrivée en titubant, sous les caméras des télévisions - « Free to run » nous montre ces images - : un « cauchemar » pour l'athlète aussi bien que pour la pérennité du Marathon féminin, se souvient encore Katherine Switzer. «Mais ce fut, en même temps, la conquête y compris du droit à la défaillance.» En 2012, l'ouragan Sandy dévaste New York : « Il y a des générateurs électriques installés pour les chronos, alors que nous n'avons plus l'électricité ». Cette année-là, le Marathon de New York sera finalement annulé, mais, son esprit même, prend un virage, après avoir « unifié la ville » et essaimé dans toutes les capitales du monde. Dessous de tables, Fédérations qui ravalent dans leur giron toute initiative qui rapporte des licenciés potentiels, « Free to run » pose, en filigrane de cet exemple de l'émancipation de la course à pieds par les sportifs eux-mêmes, la question droit du sport à rester libre. Et invite à y répondre...sur le terrain. P.M.

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« FREE TO RUN » OU L’HISTOIRE DE LA LIBÉRATION DU RUNNING

Texte: Pascale Marcaggi / photo: DR "Free to run"

RUNNING. New York, Boston, Sao Paulo, Paris, Pékin… : ces marathons fréquentés aujourd’hui par des dizaines de milliers de runners et de runneuses n’ont pas toujours été synonymes de la liberté de courir. Il n’y pas si longtemps, tout juste 40 ans, courir où on le voulait, et si on était une femme, était interdit. « Free to run - liberté, égalité, course à pieds », le film documentaire de Pierre Morath, fait (re)vivre cette épopée, en interrogeant le sport d'aujourd'hui. Le film sera en salle le 13 avril. En attendant, Sportiva a assisté à la projection presse et vous raconte, dans ce premier volet consacré à cette sortie, l’histoire de cette conquête sportive primordiale. Dans une deuxième livraison, début avril, nous vous proposerons une interview avec le réalisateur. (Article de 5 700 signes en (...)

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