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Le sport au féminin

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    • 2016-01-25 00:00:00
    • LOUISE GUILLET : «LA FRANCE N'EST PLUS UNE PETITE NATION»
    • Water-polo
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    • WATER-POLO. Le championnat d’Europe de water-polo, qui vient s’achever à Belgrade en Serbie, a mis en lumière les progrès de l’équipe de France. Septième de la compétition, la sélection tricolore, entraînée depuis l’été 2013 par le Grec Filippos Sakellis, a gagné sa participation pour le tournoi de qualification olympique (prévu fin mars aux Pays-Bas) et pour le championnat du monde 2017. De quoi donner du grain à moudre pour les Bleues, bien évidemment amateurs. Leur capitaine, Louise Guillet, tire le bilan de l’Euro auprès de Sportiva-infos. (interview de 9128 signes) Comment accueillir cette 7e place finale ? Louise Guillet. C’est positif. Notre objectif était de faire minimum 7es. La mission est donc remplie. On aurait bien voulu grappiller une place pour enfin intégrer le top 6. On n’y est pas arrivées. Mais on a fait de bons matchs. D’autres l’ont été un peu moins. Au final, on prend encore de l’expérience même si la marge à combler est encore grande. Grâce à votre classement final, vous allez participer au prochain tournoi de qualification olympique. Quelle y sera votre ambition ? Aux Pays-Bas, l’unique objectif sera d’engranger de l’expérience et du métier, tout en préparant les Monde 2017 où nous voudrons faire mieux que la 14e place obtenue en 2015. Ce tournoi va nous permettre de disputer des matchs internationaux de très haut niveau, face des équipes, comme les États-Unis, qui auront la pression de la qualification olympique. Nous, nous n’en aurons aucune. On sera juste là pour emmagasiner cette expérience et démontrer nos progrès comme à chacune de nos sorties internationales. Pour parler de progression, que d'occasions d'avancer depuis 2 ans avec la Ligue mondiale, le championnat du monde et les championnats d'Europe... C’est beaucoup, mais c’est super bien pour le polo féminin français. On n’est pas populaires. Du coup, cet enchaînement de compétitions nous permet de garder au quotidien de la motivation. La motivation n’est jamais au repos. On est toujours tournées vers le prochain objectif. C’est tout bénéfique pour l’équipe de France qui est quand même assez jeune. On se rend compte des marches à gravir et que seul le travail permet de réussir. Tokyo 2020 comme objectif à long terme pour les Bleues Mais du coup, le rythme intense et l'enchaînement des compétitions et des stages, doit vous peser un peu ? Cela fait beaucoup d’heures d’entraînement et de stages, c’est sûr ! À chaque fois qu’on dispute une compétition comme ce championnat d’Europe, on part deux mois en stage. C’est assez énorme, surtout qu’on n’est pas professionnelles. Nous sommes toutes étudiantes ou employées par notre club. C’est difficile à gérer mais on ne se plaint pas : on vit de très belles choses. C’est pour ça qu’on le fait, pour le côté humain et sportif. À long terme, à quoi peut rêver l'équipe de France ? Se bagarrer avec les grosses nations et pourquoi pas aller aux Jeux olympiques en 2020. Si on voit loin, c’est cette échéance que l’on doit viser. Pour cela, il faut intégrer le top 6 européen le plus vite possible. Revenons au championnat d’Europe. Le premier vrai objectif dans la compétition était de dominer l’Allemagne, un adversaire direct dans votre poule que vous connaissez bien et sur lequel vous semblez avoir pris un réel ascendant... Pour le moment oui, mais il faut que ça continue. On a très bien commencé la compétition face à l’Italie. On a fait un super match. Le score (3-10) ne reflète pas le niveau de l’équipe sur cette rencontre. Il y a des faits de jeu qui n'ont pas été favorables. Après, l’Espagne (2-21), c’était le rouleau-compresseur. On ne pouvait rien faire. C’était clairement un niveau au-dessus, même plus. Après, il fallait rebondir face à l’Allemagne. On l’a fait grâce à un très beau match (12-3). Puis on a joué face à la Croatie (14-3) et la Serbie (7-6). Contre les Serbes, on a joué devant 4000 spectateurs ! On n’avait jamais vécu ça. C’était impressionnant. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a mal débuté le match. On a été prises au dépourvu face à cette ambiance. Il y a quelques années, on n’aurait jamais gagné cette rencontre. Là, on a démontré qu’on savait répondre en s’imposant. On a vu une équipe de France qui prend de l’assurance, qui s’affirme. On a montré que la France n’est plus une petite nation, qu’on veut monter plus haut. Vous avez ainsi validé votre qualification pour les 8es de finale face aux futures championnes d’Europe, les Hongroises… Oui, et là, ce fut très compliqué. Comme les Espagnoles, c’est un rouleau-compresseur (18-6). Le premier quart-temps a été très mauvais. On ne s’est pas reconnues. On n’avait pas sacrifié un mois et demi de stage pour se prendre une telle fessée. On avait envie de réagir. On l’a fait l’espace de deux périodes. Sur quatre, c’est plus difficile. Face à la Grèce (6-12, en match de classement), il nous en a aussi manqué une. Pourquoi ces passages à vide ? On ne sait pas trop. La question s’est posée entre toutes les joueuses. Face à la Grèce, on fait un super début et puis boom dans la deuxième période : on prend 5-1. C’est là qu’il faudra travailler pour trouver des réponses et passer le cap. En tout cas, face à l’Allemagne, pour la 7e place, après avoir mal commencé, on a bien terminé (13-9). C’est un heureux dénouement. Un rôle de guide en tant que capitaine de l'équipe de France Parlez-nous de Filippos Sakellis, l'entraîneur de l’équipe de France et l'homme responsable de vos progrès... Il a un gros caractère. C’est un personnage très pointilleux. Il cherche à corriger le moindre détail. C’est pourquoi on répète, on répète et on répète toujours les mêmes gestes et les mêmes mouvements à l’entraînement. C’est un acharné de travail. Mais grâce à lui, comme vous le dites, on a beaucoup progressé. Comment définissez-vous votre rôle de capitaine auprès de vos coéquipières ? Je suis la plus âgée dans cette équipe. Mon rôle, c’est donc de les aider, de les accompagner, en leur apportant notamment l’expérience que j’ai pu acquérir à l’étranger. Je veux toujours être là auprès d’elles et assumer un rôle de guide. Quel a été justement votre parcours à l’étranger ? J’ai fait 2 ans à Sabadell en Espagne, puis ensuite 3 ans en Grèce, et enfin 2 années en Italie. Cette dernière étape a été la plus enrichissante. J’y ai côtoyé la culture professionnelle du water-polo. J’y ai vu la différence par rapport à la France, et même par rapport à l’Espagne ou la Grèce. C’est le genre d’expérience qui vous fait grandir. Je suis parti à l’étranger dès mes 19 ans, grâce au bouche-à-oreille. J’avais envie de couper, de quitter Bordeaux, et de découvrir quelque chose de nouveau. Déjà à 16 ans, j'avais été repérée pour aller jouer en Grèce. Ma mère m'avait dit "Non, tu finis ton bac !". Je l'ai raté une première fois, mais je suis parti quand même. La deuxième fois, je l'ai donc passé en Espagne par le CNED (formation à distance). Cela s’est super bien passé car j’ai remporté 2 titres d’Espagne, 2 coupes d’Espagne, le titre de meilleure joueuse et de meilleure buteuse en Espagne, j'ai disputé une demi-finale européenne en Grèce, etc. C’est déjà pas mal. Êtes-vous la seule en équipe de France à avoir joué à l’étranger ? Oui. Mais après, c’est particulier. C’est dur. Il faut vraiment avoir l’envie de partir, parce qu’on ne gagne pas un salaire de footballeur dans ces championnats professionnels. Quand je partais, j’avais tout de même mes études, que je n’ai jamais laissées de côté. Et désormais, que faites-vous professionnellement parlant ? Je suis salariée dans mon club (l’Union Saint-Bruno Bordeaux). Il me permet de m’entraîner à peu près quand je veux et, par ailleurs, j’entraîne les équipes jeunes féminines du club avec la gardienne de l’équipe de France, Lorène Derenty. On tente de développer le water-polo féminin au niveau du club et de la région. Est-ce simple d’attirer les jeunes filles vers le water-polo alors qu’elles pourraient l'être naturellement davantage par le football par exemple ? L’année dernière, à Bordeaux, on m’a dit en arrivant : "Tu n’auras presque pas de filles." Il y en avait peut-être cinq ou six. On a fini l’année, on avait 40 filles. Il y en a des filles qui veulent faire du polo. Après, ce qui n'est pas optimal, ce sont les moyens qu’on leur donne. On n’a pas les mêmes moyens que le foot féminin où on leur propose de supers entraînements, surtout aux bonnes horaires. On souffre de ça pour les jeunes au water-polo. L’Euro terminé, quel va être le programme des semaines à venir ? On va retourner en club, et puis l’équipe de France va très revenir puisque le TQO est prévu fin mars. Je crois qu’on repart en stage dès la fin du mois de février ! Propos recueillis par Ch.L. Louise Guillet est née le 31 janvier 1986 Limoges. Elle évolue à l'Union Saint-Bruno Bordeaux, après avoir joué dans trois pays différents. En Espagne tout d'abord, au CN Sabadell ; en Grèce au GS Iraklis, au NC Patras puis au Nireas Xalandriou ; en Italie enfin, au SC Volturno. Elle a regagné la France en 2012, d'abord au club de Lille, avec lequel elle remporte le championnat de France en 2014, juste avant de rejoindre la Gironde.

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LOUISE GUILLET : «LA FRANCE N'EST PLUS UNE PETITE NATION»

Texte : Christophe Lemaire. Photo : FFN/M.DUMERGUE.

WATER-POLO. Le championnat d’Europe de water-polo, qui vient s’achever à Belgrade en Serbie, a mis en lumière les progrès de l’équipe de France. Septième de la compétition, la sélection tricolore, entraînée depuis l’été 2013 par le Grec Filippos Sakellis, a gagné sa participation pour le tournoi de qualification olympique (prévu fin mars aux Pays-Bas) et pour le championnat du monde 2017. De quoi donner du grain à moudre pour les Bleues, bien évidemment amateurs. Leur capitaine, Louise Guillet, tire le bilan de l’Euro auprès de Sportiva-infos. (interview de 9128 signes)

Comment accueillir cette 7e place finale ?
Louise Guillet. C’est positif. Notre objectif était de faire minimum 7es. La mission est donc remplie. On aurait bien voulu grappiller une place pour enfin intégrer le (...)

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