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Le sport au féminin

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    • 2012-06-15 00:00:00
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    • Anne-Sophie Mathis, surnommée « French knockout girl » par la presse nord-américaine, affronte Holly Holm «La Fille du prêcheur ». C’est l’épisode 2 d’un combat au sommet dont la 1ère confrontation a tourné sans discussion au profit de la française le 2 décembre dernier. Voici l’ambiance d’avant-match décrite par notre envoyé spécial avant son direct du match sur le compte twitter de "Sportiva-infos", dès 01 h 00. Exclusif. D'abord il y a la fournaise. Une chaleur étouffante, invraisemblable, de celles qui vous tirent du lit avant l'aurore et vous empêchent de trouver le sommeil à la nuit tombée. Et ce n'est encore que la mi-juin. Et puis l'immensité du désert, 1700 m au-dessus du niveau de la mer, une végétation éparse, des monts ocres à l'horizon, qui permettent de conserver un vague sens des distances dans ce haut-fourneau des géants. L'enfer et le paradis mêlés. Bienvenue à Albuquerque, Nouveau-Mexique, sanctuaire des indiens pueblos, des cowboys gringos, des serpents à sonnettes, crotales et autres bêtes à sang-froid tout aussi peu rassurantes. C'est dans cet univers fascinant et résolument hostile qu'Anne-Sophie Mathis, 35 ans, n°1 mondiale des poids mi-moyens et quadruple championne du monde, est venue chercher son Graal, puiser au fond d'elle-même pour terrasser sa meilleure ennemie, la très pieuse Holly Holm, surnommée « La Fille du prêcheur », de quatre ans sa cadette mais forgée dans le même moule, celui des dures au mal. L'adversité, Anne-Sophie Mathis connaît. En décembre 2006 à Paris, encore quasi-inconnue, elle affronte la championne française Myriam Lamare dans un POPB plein à craquer. Promise à une défaite inévitable, la jeune lorraine met au tapis son adversaire à la régulière. Ceux qui étaient à Bercy ce jour-là se souviennent encore du massacre. Au total, Mathis compte 26 victoires à ce jour, dont 22 par K.O., pour une seule défaite, en 1995, lors de son deuxième combat pro. C'était il y a un siècle. Revanche Et puis face à Holly Holm, le rite initiatique a déjà eu lieu. C'était le 2 décembre 2011. Même lieu, même ambiance. Face à une championne, américaine celle-là, blonde, comme elle, et quasi-invincible jusque-là, comme elle, légende locale adulée par des légions d'amateurs de boxe aux gros bras tatoués et tenue Harley-Davidson. Holm : une star de la boxe, «la seule fille capable de remplir une arène aux Etats-Unis», selon le promoteur de l'évènement Lenny Fresquez. Mais rien ne va se dérouler comme prévu pour l'Américaine : durant quatre rounds, les deux athlètes se rendent coup pour coup, et puis Holm qui s'épuise, énervée par la détermination de la Française, prend une volée de poings dévastateurs, chute une première fois dans le 6e round, avant d'encaisser une deuxième volée de coups droits rageurs dans le 7e et finir dans les platebandes. Vautrée dans les cordes, K.O. Le visage hagard, pommette ouverte et œil tuméfié, la belle méconnaissable est relevée à bouts de bras par ses soigneurs, devant un public dévasté par ce tomber de rideau inattendu. Depuis, « Anne-So » est rentrée chez elle, à Dombasle, en Lorraine, à huit heures de décalage horaire et 8 882 km de là. Sans se reposer sur ses lauriers, elle a bûché dur tout le printemps, sachant qu'il y aurait cette revanche tôt ou tard. Et que cette fois, Holly Holm serait prévenue. Une bête blessée est toujours plus dangereuse. Ce contexte passionnel n'émeut guère la Lorraine aux crochets foudroyants. Arrivée le 4 juin au Nouveau-Mexique avec son entraîneur René Cordier après une semaine intense à l'Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (Insep) enfermée douze heures par jour dans une chambre hypoxique pour simuler l'altitude, elle a bossé son endurance, enchaîné les courses épuisantes sous le cagnard à 1 800 m d' altitude, en conditions réelles cette fois. Et puis, mercredi 13, elle a fêté ses 35 ans, loin de son petit monde habituel en France, mais avec René, forcément. Rédemption Pour Holly Holm, aussi, la vie a continué. Elle a ressassé un bon moment cette défaite incroyable, cauchemardesque sur ses propres terres. Et puis elle s'est mariée. Le vendredi 27 avril, avec Jeff Kirkpatrick. La lune de miel a duré deux jours. Lundi 30, la gauchère était de retour à l'entraînement. Avec une idée fixe : faire rendre la monnaie de sa pièce à la «French knockout girl», comme l'a surnommé la presse locale, et lui faire comprendre que sa victoire de décembre était juste une anomalie, un accident de parcours appelé à disparaître des tablettes. «Je ne suis pas la première boxeuse qui aurait été mise K.O et qui reviendrait, a déclaré Holly Holm jeudi lors de la conférence de presse d'avant-match. Alors l'essentiel, c'est que je reste fidèle à moi-même». Ce qu'elle n'avait pas fait en décembre, selon son entraîneur Mike Winkeljohn, pour qui sa protégée n'a pas respecté le cahier des charges : déplacer Anne-Sophie Mathis et surtout ne pas tomber dans son jeu, la confrontation directe dans laquelle la force brute de la Française lui permet de compenser une vivacité moindre. La presse locale a tout d'abord fait corps avec sa championne meurtrie, et puis le naturel a repris le dessus, tant l'affiche de ce vendredi soir est alléchante. Le message est clair : Holly Holm va reconquérir les titres IBA (International Boxing Association) et WBF (World's Boxing Federation, poids welter) remis en jeu pour l'occasion. «Vous allez voir, Holly a plein d'options pour vendredi soir », assure Winkeljohn. Rebelote Lesquelles ? «Tout le monde me dit que Holly Holm va changer de tactique pour réussir à me battre, ironise la Française dans une interview au site américain "eastsideboxing.com." Mais ça ne change rien à ma préparation. Qu'est-ce qu'elle va faire ? Danser ? Sérieusement, je ne pense pas qu'elle ait changé sa façon de boxer en quelques mois. Elle va combattre comme elle le fait toujours. Elle veut dominer mais quand elle est dominée, son plan tombe à l'eau. J'ai étudié tous ses combats et je pense que je la connais mieux qu'elle ne me connaît. Elle va se battre d'une manière défensive, en faisant des « hit and run » pour éviter la confrontation. Mais je sais comment la battre de nouveau ». Voilà pour les prédictions. Restent les impondérables. Anne-Sophie Mathis, en effet, ne s'attend pas particulièrement à être choyée par les juges. «Ils ne me permettront jamais de gagner aux points, prédit-elle. Il me faut un nouveau KO pour vaincre, ou bien alors … je perdrai». Mais ce sera forcément, obligatoirement, une autre paire de manches qu'en décembre. Anne-Sophie est revenue sur la stratégie de Holm, estimant qu'elle prendrait sûrement moins de risques et «s'exposerait moins aux coups». «Ce sera difficile. Je n'ai pas le coup d'œil assez rapide, j'ai un petit décalage sur la remise». Le jour s'est levé sur Albuquerque. Sur les 30 km séparant la capitale régionale du Route 66 Casino Hotel, planté comme un arbre de Noël au bord de la « Highway 40 West » vers Gallup et Flagstaff, de grands panneaux publicitaires assortis de la photo des deux guerrières annoncent « The Reckoning » - le jour du jugement dernier. Ce soir à 19h (3h du matin françaises), la salle de spectacle du Casino Hotel avec ses 2 800 places fera une ovation à Holly Holm et sa bête noire. Plus une place, plus une chambre d'hôtel de disponible depuis des semaines. L'adversité. L'arène hostile, intimidante, et un adversaire remonté à bloc. Une outsider française, seule au monde, dans le rôle de la victime désignée, souris pétrifiée face au crotale. Une foule chauffée à blanc, prête pour la mise au mort. Le scénario parfait. C'est l'heure, Anne-So. M.P.

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LE JOUR DU CROTALE

De notre envoyé spécial à Albuquerque (Etats-Unis) Maurin Picard (texte et photo)

Anne-Sophie Mathis, surnommée « French knockout girl » par la presse nord-américaine, affronte Holly Holm «La Fille du prêcheur ». C’est l’épisode 2 d’un combat au sommet dont la 1ère confrontation a tourné sans discussion au profit de la française le 2 décembre dernier. Voici l’ambiance d’avant-match décrite par notre envoyé spécial avant son direct du match sur le compte twitter de "Sportiva-infos", dès 01 h 00. Exclusif.

D'abord il y a la fournaise. Une chaleur étouffante, invraisemblable, de celles qui vous tirent du lit avant l'aurore et vous empêchent de trouver le sommeil à la nuit tombée. Et ce n'est encore que la mi-juin. Et puis l'immensité du désert, 1700 m au-dessus du niveau de la mer, une végétation éparse, des monts ocres à l'horizon, qui permettent de conserver un vague (...)

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