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Le sport au féminin

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    • 2015-02-28 00:00:00
    • LA REINE MATHIS BRILLE... UNE FOIS POUR TOUTES ?
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    • BOXE. Le match nul est laborieux, mais il fait le bonheur d'Anne-Sophie Mathis. Vendredi soir à Sarcelles (Val-d'Oise), la reine de la boxe a conservé sa ceinture WBF de championne du monde des poids super-welters face à la Dominicaine Oxandia Castillo. Qu'en est-il à présent de la suite de sa carrière ? Dans ses dires, Mathis laisse clairement penser que c'est la fin. (7524 signes + sons) Est-ce juste une impression ? Ces quelques mots, confiés à chaud au retour du contrôle antidopage, semblent être pesés malgré une fatigue harassante. Du haut de ses 37 ans, c'est avec sourire, sans la moindre hésitation, qu'Anne-Sophie Mathis prend conscience que le moment d'en finir est arrivé. Le poids des années, le poids du palmarès, le poids de la lassitude, le poids des pages du copieux chapitre d'un livre qui ne demande qu'à se refermer. «Je suis contente bien sûr, mais je n'ai plus la même gnaque que quand j'étais jeune, souligne la Lorraine. Je le sens. Ce n'est plus la Anne-Sophie Mathis qui boxait quatre ou cinq ans en arrière. Je sens que ça commence à être la fin. Je comptais me faire encore l'année... Je vais en discuter avec mon entraîneur. A un moment, il faut se résigner. Ce n'est pas technique, ce n'est pas physique. C'est l'envie. J'ai plus envie de passer au boulot maintenant parce que ça fait quand même vingt-et-un ans...» Vingt-et-un années à récolter des récompenses à la pelle, comme aucune sportive française durant ce laps de temps. Des titres de championne du monde en kick-boxing et en full-contact, discipline de boxe pieds-poings. Puis, à partir de 2003, en boxe anglaise après un bref début sur les rings en professionnel en 1995. L'Europe est à ses pieds en 2005, et bientôt le monde. L'événement a lieu en 2006, le 2 décembre au Palais omnisports de Paris-Bercy. Une reine, Mathis, en détrône alors une autre, Myriam Lamare, avant la limite. Le début d'un règne presque ininterrompu. Cinq ans jour pour jour après son titre WBA, la boxeuse de Dombasle-sur-Meurthe, le 2 décembre 2011, «Anne-So» atteint le sommet à Albuquerque, aux États-Unis. Au Route 66 Casino, au Nouveau-Mexique, la Française met K.-O. l'Américaine Holly Holm lors d'un combat d'une violence et d'une intensité rares. Qu'importe si elle perd la revanche sept mois plus tard, les images d'une Mathis survolant les débats sont indélébiles. Le 22 septembre 2012, elle perd cette fois l'opposition ultime contre la redoutable et féroce Cecilia Braekhus. Mathis, Holm, Braekhus. Trois noms gravés à jamais dans l'histoire de la boxe. Trois noms qui ont pour la première fois alimenté les fantasmes des promoteurs et aficionados autour de la boxe féminine, à grands renforts de slogans, «combat du siècle» en particulier. Malgré la défaite, la déception, Mathis continue. Elle n'en a pas fini avec la boxe. Elle reconquiert une ceinture mondiale contre Yahaira Hernandez le 1er juin 2013. Croit la perdre sur une disqualification litigieuse face à Christina Hammer le 26 juin 2014 avant qu'un «no contest» ne soit finalement prononcé pour donner raison à ASM. De l'envie de ne pas finir sur un goût d'inachevé a déterminé l'organisation, tumultueuse mais finalement réalisée, d'une défense contre la Dominicaine Oxandia Castillo, ce 28 février 2015. Au bord du K.-O. A Sarcelles, un car de supporteurs est venu depuis la Meurthe-et-Moselle pour encourager Anne-Sophie Mathis. La salle, remplie par un millier de spectateurs, lui est presque entièrement favorable. Mais le début du combat ne se passe pas comme prévu. A 20 ans, la jeune Oxandia Castillo fait parler sa fougue et sa puissance, un brin désordonnée mais tellement efficace. Les puristes font le même constat ces trois premières reprises : la Française n'est pas rentrée dans son combat. «Jamais», disent certains habitués, Mathis ne s'est comportée de la sorte sur un ring. Les coups pleuvent. Mathis saigne au visage. Mathis souffre. Bien plus qu'il n'y paraît même. «J'aurais pu prendre un K.-O., avoue-t-elle. A un moment, je suis bien sonnée mais j'arrive à ne pas le montrer. Il me suffisait d'accélérer, mais je n'y arrivais pas. Mon entraîneur me le dit que je perds les premiers rounds. Je remonte vers la 5e reprise. Je suis consciente de tout ! Je le dis, je le répète : manque d'envie... Lorsque j'arrive au 7e round, je me dis que je vais accélérer. Je suis au corps-à-corps, et c'est là que je pourrais accélérer. Mais je ne le fais pas. Je suis lourde, je n'ai pas de peps dans le bras, dans l'enchaînement. » Comme spectatrice de sa propre fin, Mathis trouve les ressources pour ne pas terminer ainsi. Elle jette donc ses (dernières ?) forces dans la bataille et se rassure au milieu du combat. «J'ai plus la même envie. Le défi n'est plus le même non plus. J'ai tout fait. La motivation n'est plus évidente. Pour elle, c'est presque une victoire. Je pense qu'elle fera parler d'elle parce qu'elle sait donner des coups et les encaisser. A plusieurs reprises, je me suis fait mal à la main. Elle les prend les coups. J'avais une adversaire là, ça frappe lourd ! Il y a eu combat ! C'est une victoire à l'expérience.» «J'ai atteint mon but» Une victoire dans les mots et dans les faits, car la ceinture WBF est aujourd'hui autour de la taille de Mathis. Car Castillo et son impressionnant physique ont fait au moins jeu égal avec la Française. Les juges ne s'y sont pas trompés. «Décision partagée» annonce le speaker du gala sarcellois avant d'énumérer les scores des trois juges. 94-96 pour Castillo, 96-94 pour Mathis et égalité 95-95 pour le dernier. Au grand dam du clan dominicain, qui ne manque de manifester sa désapprobation, c'est un match nul qui conclut les débats et permet à Mathis de conserver sa ceinture WBF des poids super-welters, un peu plus de huit ans après son premier titre planétaire. Sur le ring, pas d'explosion de joie pour la Lorraine. Un simple sourire. Un échange amical entre l'entraîneur de toujours, René Cordier, et sa protégée. Puis, les questions de la presse. 5 minutes, 10 minutes, 15 minutes. Vient le contrôle antidopage et, enfin, le moment de célébrer une partie de la nuit le titre, avec les proches et amis venus de Dombasle. Avant ces festivités, il trotte comme un «Happy End» dans le regard de la championne du monde. Par moments, Mathis semble tirer elle-même le bilan d'une carrière professionnelle comme nulle autre en France. «Je suis quand même contente parce que j'ai atteint mon but,, souffle-t-elle. Parce que je n'imaginais pas faire autant de ceintures, être la première femme à atteindre le Gant d'Or, à faire trois catégories différentes. Réaliser tout ça était inespéré. J'ai envie de faire différemment maintenant. Je veux plus penser à moi et à ma gosse. Cela fait 20 ans que je donne mes disponibilités à la boxe et pas à ma fille. Je veux à présent être disponible pour elle. Toujours pour la boxe aussi, parce que c'est ma vie. Mais il faut que je passe à autre chose...» Le parler est franc, comme toujours. La réflexion prochaine qu'Anne-Sophie Mathis va entamer avec René Cordier le sera tout autant. Pourquoi repartir quand on n'a «plus envie» ? Pourquoi poursuivre une carrière qui pourrait s'achever au sommet sur cette ultime défense ? Pourquoi ne pas voir en ses débuts comme agent de surveillance de la voie publique ce lundi à Nancy, trois jours après son combat, comme le signe du destin ? Pourquoi le rêve du succès dans le noble art ne laisserait pas la place à celui de l'uniforme ? Pourquoi Mathis ne partirait pas la tête haute, à la tête du plus beau palmarès de la boxe française ? Ch.L.

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LA REINE MATHIS BRILLE... UNE FOIS POUR TOUTES ?

Texte et photo : Christophe Lemaire. Avec Pascale Marcaggi.

BOXE. Le match nul est laborieux, mais il fait le bonheur d'Anne-Sophie Mathis. Vendredi soir à Sarcelles (Val-d'Oise), la reine de la boxe a conservé sa ceinture WBF de championne du monde des poids super-welters face à la Dominicaine Oxandia Castillo. Qu'en est-il à présent de la suite de sa carrière ? Dans ses dires, Mathis laisse clairement penser que c'est la fin. (7524 signes + sons)

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