SPORTIVA

Le sport au féminin

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    • 2017-07-26 00:00:00
    • FARNAZ ESCALADEUSE ISOLÉE
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    • ESCALADE. Elle s'est hissée au niveau international de sa discipline, le mur de vitesse, en autodidacte. L'Iran l'autorise désormais à concourir seule : Farnaz Esmaelizadeh est ainsi allée au Canada et en Allemagne l'an dernier. Mais, dans son pays, elle reste interdite de coach et d'accès au mur de vitesse. Sans sponsors, la 7e mondiale de la discipline, vit un véritable casse-tête pour évoluer en tant que sportive de haut-niveau. Au mur des interdictions en Iran s’est ajouté la course aux moyens pour exister dans les compétitions du monde occidental... (Article en accès libre de 4 200 signes). «Bonne chance à tous les compétiteurs ! » 7 juillet 2017, à Villars-sur-Ollon, en Suisse, les meilleurs mondiaux de la difficulté et du mur de vitesse ont rivalisé de performances. Parmi les stars, l’iranien Reza Alipourshenazandifar : en avril dernier, il a gravi le fameux mur de vitesse, le même partout à travers le monde que les grimpeurs s’entraînent à escalader le plus vite possible, en 5’’48. Un record! Et confirme qu’il fait partie du Gotha de la grimpe. Farnaz Esmaeilzadeh, elle, ne fait pas partie de la fête. « Salut, Pascale, (...) personne ne peut m’aider à trouver les soutiens et le sponsoring pour rivaliser internationalement. J’ai monté un site web pour me promouvoir (http://farnazesmaeilzadeh.com), mais cela n’a pas pu m’aider non plus.» Et de conclure: « For sure I feel blue these days, but no way...this is life» (« J’ai le cafard, mais pas moyen... c’est la vie.») Les échanges sur Facebook sont le grand moyen d’existence de la grimpeuse iranienne. Elle s’y exprime et permet au public de la toile de suivre sa lutte quotidienne. Quelque chose ne changera jamais... Mais cet aveu de démoralisation est une première en quatorze ans. « Honnêtement, je suis fatiguée... je pense à tous ces efforts que j’ai faits pendant des années, (...) mais quelque chose ne changera jamais car c’est toujours un problème pour utiliser le mur de vitesse de ma ville...». À Zanjan, à 300 kilomètres de Téhéran, on reste indifférent à cette pépite sportive locale. En 2012 elle obtient pourtant un écho international : alors ​meilleure grimpeuse d’Iran, elle n’est pourtant pas sélectionnée pour les Jeux d’Asie. Seuls deux hommes le sont. Elle fait alors le buzz sur internet : et ce sont plutôt les Iraniens que des Iraniennes qui relaient l’injustice de sa situation. Face à tant de testostérone énervée, elle obtient finalement le droit d’y aller : à ses frais et accompagnée. Voilà pour la grandeur d’âme. La réalité est autre : sa famille n’a pas d’argent, et l’accompagnatrice sera indisponible. D’où un nouveau coup de colère. Et Farnaz devient la première iranienne à prendre l’avion seule. Pour conclure ce gros buzz elle aura le bon goût de revenir des Jeux avec une médaille autour du cou. Un début de statut se met en place. Elle a désormais le droit de s’entraîner au mur de vitesse, mais sans coach et sans la rémunération qui va avec une victoire quand on est membre de l’équipe iranienne d’escalade... Aucun sponsor occidental intéressé... Puis arrive 2016, une année faste. Ses économies, ses émoluments de monitrice d’escalade, un peu de crowdfunding et l’aide de ses parents en poche, elle concrétise son rêve : la voici 2e de la compétition en Colombie Britannique. Un séjour canadien trop court pour raisons financières. Elle profite aussi de cette année pour battre son record personnel en Espagne, en avril 2016. Elle participe aussi aux Mondiaux disputés en France en septembre à Bercy. Ses ambitions d’aujourd’hui ? «J'ai vraiment l'intention de continuer à m'entraîner avec plus de motivation encore, de décrocher une nouvelle fois une médaille aux Jeux d'Asie et de grimper encore dans le classement mondial. J'aimerais aussi former plus de jeunes adeptes de l'escalade, essayer d'étendre l'escalade en Iran. » Cet hiver, sur sa page Facebook en anglais et en persan, elle souhaite le Noël occidental à tout le monde. Et fait des photos pour un magazine de mode persan avec bonnet et écharpe ! Elle précise qu’elle aime bien son pays, sa famille, son frère Farshad qui est un excellent grimpeur aussi, ses amis des autres coins du monde. Au printemps, elle souhaite le nouvel an iranien à tout le monde, puis déteste les décrets Trump. À ce jour, sinon, aucun sponsor, n’a souhaité épouser la cause et les qualités de Farnaz. Pas assez «bankable» ? Récemment ses amis canadiens postaient leur tristesse: «Tu nous manques ». Si Farnaz abandonne son sport, sa lutte pour le droit à le pratiquer, elle manquerait aussi aux lumières de l’espoir qui deci-delà s’allument dans les pays et les sociétés assombris. P.M.

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Escalade

FARNAZ ESCALADEUSE ISOLÉE

Texte : Pascale Marcaggi. Photo DR

ESCALADE. Elle s'est hissée au niveau international de sa discipline, le mur de vitesse, en autodidacte. L'Iran l'autorise désormais à concourir seule : Farnaz Esmaelizadeh est ainsi allée au Canada et en Allemagne l'an dernier. Mais, dans son pays, elle reste interdite de coach et d'accès au mur de vitesse. Sans sponsors, la 7e mondiale de la discipline, vit un véritable casse-tête pour évoluer en tant que sportive de haut-niveau. Au mur des interdictions en Iran s’est ajouté la course aux moyens pour exister dans les compétitions du monde occidental... (Article en accès libre de 4 200 signes).

«Bonne chance à tous les compétiteurs ! » 7 juillet 2017, à Villars-sur-Ollon, en Suisse, les meilleurs mondiaux de la difficulté et du mur de vitesse ont rivalisé de performances. Parmi les stars, l’iranien Reza Alipourshenazandifar : en avril dernier, il a gravi le fameux mur de vitesse, le même partout à travers le monde que les grimpeurs s’entraînent à escalader le plus vite possible, en 5’’48. Un record! Et confirme qu’il fait partie du Gotha de la grimpe.

Farnaz Esmaeilzadeh, elle, ne fait pas partie de la fête. « Salut, Pascale, (...) personne ne peut m’aider à trouver les soutiens et le sponsoring pour rivaliser internationalement. J’ai monté un site web pour me promouvoir (http://farnazesmaeilzadeh.com), mais cela n’a pas pu m’aider non plus.» Et de conclure: « For sure I feel blue these days, but no way...this is life» (« J’ai le cafard, mais pas moyen... c’est la vie.») Les échanges sur Facebook sont le grand moyen d’existence de la grimpeuse iranienne. Elle s’y exprime et permet au public de la toile de suivre sa lutte quotidienne.

Quelque chose ne changera jamais...

Mais cet aveu de démoralisation est une première en quatorze ans. « Honnêtement, je suis fatiguée... je pense à tous ces efforts que j’ai faits pendant des années, (...) mais quelque chose ne changera jamais car c’est toujours un problème pour utiliser le mur de vitesse de ma ville...». À Zanjan, à 300 kilomètres de Téhéran, on reste indifférent à cette pépite sportive locale. En 2012 elle obtient pourtant un écho international : alors ​meilleure grimpeuse d’Iran, elle n’est pourtant pas sélectionnée pour les Jeux d’Asie. Seuls deux hommes le sont.

Elle fait alors le buzz sur internet : et ce sont plutôt les Iraniens que des Iraniennes qui relaient l’injustice de sa situation. Face à tant de testostérone énervée, elle obtient finalement le droit d’y aller : à ses frais et accompagnée. Voilà pour la grandeur d’âme. La réalité est autre : sa famille n’a pas d’argent, et l’accompagnatrice sera indisponible. D’où un nouveau coup de colère. Et Farnaz devient la première iranienne à prendre l’avion seule. Pour conclure ce gros buzz elle aura le bon goût de revenir des Jeux avec une médaille autour du cou. Un début de statut se met en place.

Elle a désormais le droit de s’entraîner au mur de vitesse, mais sans coach et sans la rémunération qui va avec une victoire quand on est membre de l’équipe iranienne d’escalade...

Aucun sponsor occidental intéressé...

Puis arrive 2016, une année faste. Ses économies, ses émoluments de monitrice d’escalade, un peu de crowdfunding et l’aide de ses parents en poche, elle concrétise son rêve : la voici 2e de la compétition en Colombie Britannique. Un séjour canadien trop court pour raisons financières. Elle profite aussi de cette année pour battre son record personnel en Espagne, en avril 2016. Elle participe aussi aux Mondiaux disputés en France en septembre à Bercy.

Ses ambitions d’aujourd’hui ? «J'ai vraiment l'intention de continuer à m'entraîner avec plus de motivation encore, de décrocher une nouvelle fois une médaille aux Jeux d'Asie et de grimper encore dans le classement mondial. J'aimerais aussi former plus de jeunes adeptes de l'escalade, essayer d'étendre l'escalade en Iran. »

Cet hiver, sur sa page Facebook en anglais et en persan, elle souhaite le Noël occidental à tout le monde. Et fait des photos pour un magazine de mode persan avec bonnet et écharpe ! Elle précise qu’elle aime bien son pays, sa famille, son frère Farshad qui est un excellent grimpeur aussi, ses amis des autres coins du monde.

Au printemps, elle souhaite le nouvel an iranien à tout le monde, puis déteste les décrets Trump. À ce jour, sinon, aucun sponsor, n’a souhaité épouser la cause et les qualités de Farnaz. Pas assez «bankable» ? Récemment ses amis canadiens postaient leur tristesse: «Tu nous manques ».

Si Farnaz abandonne son sport, sa lutte pour le droit à le pratiquer, elle manquerait aussi aux lumières de l’espoir qui deci-delà s’allument dans les pays et les sociétés assombris.

P.M.

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